Histoire de la démocratie

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Histoire de la démocratie

L’émancipation de la démocratie

Dire de la Belgique qu’elle est démocratique est une évidence. Est-ce pour autant une affirmation correcte ? Pour ouvrir ce débat, il convient de repartir des origines de la démocratie pour discuter des différences et des limites qui définissent les grandes étapes de l’évolution de ce concept clef.

Il faut tout d’abord bien définir la notion de démocratie. Il ne s’agit en effet pas uniquement d’un système politique, c’est avant tout une façon de voir la société où nous vivons, et au sein de laquelle chacun est l’égal de l’autre en termes de droits et de devoirs politiques. Autrement dit, la démocratie, c’est avant tout un principe de vie où l’égalité est primordiale. Toutefois, ce regard théorique relève en partie de l’utopie : rares sont les sociétés dans l’histoire qui ont obtenu un tel niveau d’égalité.

Origines

Les grecs sont tout d’abord souvent cités comme étant les créateurs d’un système de représentation démocratique où chacun pouvait exprimer son avis dans le cadre de l’institution nommée Ecclésia. Si elle se composait de l’ensemble des citoyens, ceux-ci ne représentaient pas la majorité de la population vivant à Athènes. Bien au contraire ! Seuls les hommes adultes pouvaient obtenir le titre de « citoyen » : les femmes, les esclaves, les métèques – à savoir les grecs non-athéniens – étaient exclus de l’institution. Aussi, si Athènes est une démocratie par la représentation directe des citoyens, les droits ne sont absolument pas égaux pour toutes les personnes habitants dans la cité.

Entre aspirations démocratiques                                    et noblesse impériales

Le Moyen-Âge voit un accroissement de la mainmise des pouvoirs autours de grandes dynasties royales. La royauté européenne médiévale se définit autour de personne historique importantes, à l’image de l’empereur Charlemagne. Bien que la couronne impériale se transmette de par une élection, celle-ci n’a rien de démocratique : les quelques électeurs sont issus de la haute noblesse, et dans la pratique, la famille des Habsbourg monopolisa la fonction impériale entre le XVe et le XVIIIe siècle.

Cette Europe du Moyen-Âge à l’époque moderne est donc, en ce qui concerne les régimes politiques, exclusivement monarchique, aristocratique et oligarchique. Les populations, délaissées, ont cherché manu militari un certain partage des pouvoirs publics, sans réel succès. Plusieurs épisodes de rébellions, tels que ceux des villes flamandes durant le XIVe siècle, illustrent les volontés de la population de s’investir dans la politique urbaine. C’est ainsi que la ville de Gand s’est révoltée à plusieurs reprises à l’encontre du pouvoir du comte de Flandres. Si ces évènements n’ont pas apportés de réels changements politiques, une tendance à la surveillance des pouvoirs princiers par une assemblée populaire est quant à elle constatable durant l’époque moderne.

Des révoltes réussies

L’émergence des Provinces-Unies du XVIIe siècle est dans un premier temps révélateur du succès que peut avoir une révolte. La violence des guerres de religions est le départ d’une aventure républicaine particulièrement intéressante du point de vue politique. Les révolutionnaires protestants refusaient les décisions du gouverneur général des Pays-Bas méridionaux qui ne tenaient pas comptes des spécificités religieuses et locales, aussi appelées « privilèges », des habitants des différentes provinces. C’est ainsi que la royauté au pouvoir centralisateur est remplacée par une république où une assemblée accueillent les différentes principautés. Toutefois, un déséquilibre réside dans la représentation de ces provinces: la Hollande, par exemple, est l’une de celles qui pèse le plus dans les votes au sein de la seule institution centrale de la jeune république, les États généraux (Staden generaal). Il est dans un autre temps possible de remarquer que si d’une façon générale les pouvoirs centraux sont forts dans l’Europe occidentale, certaines monarchies voient leurs pouvoirs bridés par une chambre représentative du peuple. C’est le cas en Angleterre où, à partir de la signature de la Magna Carta en 1215, les notables imposèrent à la monarchie, entre autres, la consultation de la chambre des représentants lors de la levée de nouveaux impôts.

L’évolution du droit de vote en Belgique

Comme nous venons de le voir, l’un des points importants pour définir une démocratie est le fait de savoir qui peut participer aux décisions politiques. Le système électoral belge et son évolution sont pertinents pour illustrer ceci.

En 1830, la Belgique fraichement indépendante s’organise autour d’une Constitution qui instaure une monarchie parlementaire. Ceci revient à dire que le pouvoir héréditaire d’une couronne est limité par ladite constitution et se place aux mains d’un Premier Ministre, lequel n’a de compte à rendre qu’à une chambre parlementaire composée d’élus du peuple. Ce régime politique est, sur base de la constitution, libéral et démocratique. Toutefois, la conception égalitaire en droits et en devoirs de la démocratie n’est pas applicable à la Belgique du XIXe siècle au vu de l’évolution tardive du droit de vote.

D’abord réservé aux hommes âgés d’au moins vingt-cinq ans et payant un quota d’impôt, ce vote dit « censitaire » évince les femmes et les bas-revenus. Un demi-siècle plus tard, le vote « capacitaire » est mis en place. Par celui-ci, les diplômés de plus de vingt-cinq ans peuvent eux aussi voter, mais uniquement aux élections communales et provinciales. Ensuite, le « suffrage universel pondéré par le vote plural » est, en 1893, un système par lequel la situation de l’électeur lui permet de représenter plusieurs voix lors d’élections. Chaque homme a une voix, la richesse permet d’en obtenir une de plus, au même titre qu’un diplôme universitaire. C’est ainsi que certains peuvent avoir jusqu’à trois voix. Le suffrage universel masculin est mis en place en 1921, et l’âge minimal pour y participer descend à vingt-et-un ans. Cependant, il faudra attendre 1948 pour que les femmes puissent participer aux élections et, de ce fait, atteindre un véritable suffrage universel, donnant à la population belge le pouvoir de participer à la vie politique de la nation de façon égalitaire.

Et aujourd’hui ?

Pourtant, la Belgique est-elle réellement démocratique ? A l’heure où il est constatable que la participation à la vie politique de tout-un-chacun se découvre presqu’exclusivement aux périodes électorales, que les politiciens sont dit « de carrière » et que les fraudes de la part de certains de ces derniers reviennent de façon cyclique sur le devant de la table, il est en droit de se questionner sur la validité de l’épithète « démocratique » lorsqu’on parle de la Belgique.

Voter ne devrait pas être l’action d’une journée, mais la synthèse d’une participation active à la vie politique belge. Chercher à comprendre et se souvenir de tous les éléments qui peuvent (et doivent !) influencer le choix de l’urne est un travail endurant et quotidien. Suivre ce feuilleton en allant écouter les politiques, en les interpellant, et en faisant preuve de critique entre les discours de langue de bois et les promesses intenables, c’est, à mes yeux, la véritable participation citoyenne.

Vingt siècles d’histoire politique nous contemple, à nous d’y participer pour donner une dynamique démocratique à notre société.

Pour aller plus loin

  • Sur l’émergence d’un nouveau système politique en Belgique Geelkens Mélanie, « Pour les élus francophones, le renouveau politique, c’est pas pour demain. », dans Le Vif/L’Express, 8 septembre 2017.
  • Sur les systèmes de suffrage d’un point de vue statistique Les statistiques expliquées à mon chat, « Monsieur le président, avez-vous vraiment gagné cette élection ? », 19 août 2016, consultée sur www.youtube.com/watch?v=vfTJ4vmIsO4
  • Blaise Pierre, « Démocratie et fédéralisme en Belgique », CRISP, janvier 2015, consulté sur www.crisp.be/_ftp/brochure-expo_democratie-federalisme-belgique.pdf 

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